La Renaissance :

.Parthenay à la Renaissance  .Les plaisirs de la table  .Le dressoir


   La Renaissance débute traditionnellement à la chute de Constantinople en 1453 et se termine à la fin du XVIe siècle ou au début du XVIIe siècle.
Il convient de prendre ce terme dans le sens de redécouverte, de retour aux sources de l'Antiquité. L'imprimerie, inventée par Gutenberg en 1450 permet la diffusion dans toute l'Europe des modèles de la Renaissance.

Portrait de François Ier,

Musée Georges Turpin, Parthenay

   La Renaissance italienne a beaucoup influencé la Renaissance française. Le goût de l'Antiquité a été rapporté des guerres d'Italie par Charles VIII, Louis XII et surtout François Ier qui revient chargé d'œuvres d'art, de manuscrits et accompagné d'artistes comme Léonard de Vinci, Andrea del Sarto, le Primatice, Benvenuto Cellini. 


   La peinture connaît un nouvel essor. La recherche de la perspective et des proportions, la conception nouvelle du portrait et la naissance du thème du paysage marquent cette peinture. Parmi les plus grands peintres se trouvent: Enguerrand Quarton, Jean Fouquet, Nicolas Froment ou le Maître de Moulins.

   Les architectes comme Jean Bullant, Philibert Delorme, Jean Goujon ou  Pierre Lescot, redécouvrent l'Antiquité. C'est l'époque où sont édifiés les châteaux de la Loire et de Fontainebleau. La grandeur et le luxe se substituent au caractère défensif des constructions médiévales. L’architecture renaissante innove dans la décoration et l’agencement intérieur des bâtiments. 

   En littérature, l'humanisme est le courant dominant. Il est fondé sur l'étude des lettres et des auteurs classiques et situe l'Homme au centre des préoccupations. En France, Rabelais, Ronsard et Montaigne en sont les plus illustres représentants. 

Certains auteurs comme Jean Bodin, Théodore de Bèze ou Etienne de La Boétie, vont jusqu'à revendiquer une philosophie politique dénonçant les abus de l’absolutisme. 

   La médecine fait d’énormes progrès: l’anatomie est mieux comprise et Ambroise Paré révolutionne les pratiques chirurgicales. 

   La Renaissance est aussi l'époque du commerce, de la banque et de la naissance du capitalisme. On assiste à une multiplication des échanges et des foires.

Portrait d'Henri II, 

attribué à Jean Clouet,

Médiathèque de Parthenay

   Cependant, durant la Renaissance, les guerres sont incessantes. Aux guerres de conquête de François Ier, succède la période des guerres de religion.

   Les idées de la Réforme commencent à être diffusées à partir de 1515. Différents courants au sein du protestantisme s'instaurent défendus par Martin Luther, Jean Calvin et la toute nouvelle Eglise anglicane.


Portrait de Jean Calvin, XIXe siècle

Musée Georges Turpin, Parthenay

Bataille de Moncontour, 1569

Musée Georges Turpin, Parthenay


   Mais les catholiques entreprennent un mouvement de Contre-Réforme pour mettre fin à la Réforme protestante. L’Eglise catholique à partir du Concile de Trente (de 1545 à 1563) établit une réforme et déclare la guerre aux protestants. S’ensuivent alors des massacres des protestants comme la funèbre nuit de la Saint-Barthélemy en 1572. L’Edit de Nantes, en 1598, rétablit la paix religieuse et garantit la liberté de croyance.



Parthenay à la Renaissance 


Parthenay se présente dans les textes de cette période comme le centre économique de la Gâtine. Ses activités principales sont l’artisanat textile et l’artisanat des peaux.

   La Renaissance a laissé dans notre région de très beaux édifices. Niort, Poitiers, Fontenay-le-Comte en conservent des exemplaires remarquables. Mais les édifices les plus représentatifs de cette période sont souvent construits par les familles nobles locales, comme les La Trémoille à Thouars ou la famille Gouffier à Oiron, qui entreprennent des constructions dans le nouveau style de l'époque.


   Aujourd'hui à Parthenay, le retable de le translation de la maison de la Vierge à Lorette, de la chapelle Cordeliers est la référence architecturale de cette période.

Retable de la chapelle des Cordeliers, XVIe siècle

 Parthenay

Dessin d’une maison à Parthenay

Musée Georges Turpin, Parthenay

   Le visage de la ville évolue. On assiste au début du XVIe siècle à une émancipation de la bourgeoisie locale, sans doute facilitée par les absences répétées des seigneurs. Le renouveau économique  favorise  une vaste campagne de reconstruction de l'habitat civil. En témoignent encore les maisons de la rue de la Vau-Saint-Jacques, en pans-de-bois et avec leurs portes en accolade. La prise en main de la ville par l’assemblée de ses habitants est à son comble lorsqu’elle décide de créer, au milieu du XVIe siècle, une école publique, puis un hôpital civil.

   Les seigneurs de Parthenay ne sont cependant pas totalement absents. Même s’ils n’ont pas construit d'édifices dans le goût de cette Renaissance, ils assurent néanmoins un travail d’entretien sur les fortifications.


   Mais il ne s’agit pas de temps tranquilles : au XVIe la ville évolue au gré des difficultés militaires dues aux guerres de Religion. En 1568, les huguenots dévastent les églises qu'ils pillent et incendient. Résistante, Parthenay est considérée comme l'une des places fortes catholiques en Poitou. 

   Pour cette période, le journal du Parthenaisien Denis Généroux est une source précieuse. Il constitue un témoignage humain contemporain des événements des guerres de Religion. Il y évoque une représentation théâtrale  de la « tragédie de Médée » le dimanche 1er juin 1572. Cela montre à quel point le courant humaniste et pro-antiquisant est en vogue à l’époque, même dans une petite ville du Poitou!


Gravure du POICTOV, Petro Rogiero Pictone, 1579

Musée Georges Turpin, Parthenay

Détail gravure du POICTOV, Petro Rogiero Pictone, 1579

Musée Georges Turpin, Parthenay

  

Les plaisirs de la table

  
On a l’habitude d’opposer cuisine de la Renaissance et cuisine médiévale. Mais la cuisine et l’art de la table de la Renaissance sont-ils vraiment aux antipodes de la cuisine médiévale ?

   Au Moyen Age la viande -surtout celle de porc- est bien présente sur les tables. C'est à la Renaissance que sa consommation diminue, sauf chez les plus riches. En dehors des disettes, la nourriture est copieuse. Elle souffre seulement d’un manque de diversité pour les plus pauvres.

   A la Renaissance, la consommation des épices chute et de nouveaux produits sont introduits dans l’alimentation les tomates, les petits pois, les artichauts, les fruits confits en saumure ou en sirop, les cardons, les asperges arrivent d’Italie et la pomme de terre est importée des Amériques. Avec l'imprimerie, les recettes se codifient.

   Mais ce qui change le plus à la Renaissance, c'est  la finalité du banquet. Tandis qu'au Moyen Age il s'agissait essentiellement de se nourrir copieusement, à partir de la Renaissance c'est l’ostentation des arts de  la table qui prime. Le poids des traditions culinaires entre Moyen Age et Renaissance a donc un substrat social.

  

   Un détail d'une fresque  du XVIe siècle se trouvant dans la Salle du Chapitre de l'abbaye royale de Fontevraud nous donne un exemple de cette évolution.

   A la Renaissance, apparaissent les premières tables à demeure, sans voir disparaître les tréteaux qui servaient "à dresser la table". Au milieu de cette table, une nappe de tissu blanc accueille les éléments décoratifs.

. Le tranchoir fait place à l’assiette, l’écuelle est remplacée par l’assiette creuse, les pains sont présentés sur une assiette, et les mets dans des plats de service. Les couverts aussi s’individualisent. La fourchette apparaît mais reste une exception, le couteau étant l’instrument individuel par excellence.

Détail fresque du "Lavement des pieds", XVIe siècle, abbaye de Fontevraud

    Sur la fresque de Fontevraud, on peut voir la table et le dressoir prêt pour accueillir les convives. Entre les deux meubles, un étrange personnage est attablé et nous regarde... peut-être est-ce Gargantua !



Le dressoir


Dans le mobilier de la Renaissance, le dressoir est plus qu’une simple étagère pour installer la vaisselle. Comme les tables, ces meubles pouvaient être démontables ou permanents. Il s’agit de dessertes où sont déposés les objets qui doivent servir pendant le repas.


Dressoir, XVIe-XVIIe siècle

Musée de Chièvres, Poitiers

     Bien que ce type de meuble existe dès le Moyen Age, à la Renaissance il perd sa fonction utilitaire. Tout comme la vaisselle d’apparat et l’orfèvrerie qu’il supporte, le dressoir finit par avoir une fonction ostentatoires. Il s'agit d'étaler la richesse de son propriétaire et d'impressionner les invités.

   Dans l’iconographie, il est toujours recouvert de tissus blancs. Sur les dressoirs des courtisans nobles poitevins, les services ne sont certainement ni en or ni en argent. Mais on retrouve rassemblées sur ces meubles des pièces de différentes formes : des vaisselles d’apparat en céramique, dont les faïences de Saint-Porchaire, de la vaisselle en étain poli, décoré, repoussé, estampé ou ciselé, des services en émaux peints… avec des assiettes vraisemblablement destinées à être vues verticalement.

   
  
Le dressoir du Musée de Chièvres  de Poitiers date de la deuxième moitié du XVIe siècle.


   Le corps supérieur de ce dressoir s’ouvre par deux portes ornées d’une ove centrale bombée entourée de cuirs. Un pilastre en balustre les sépare et se répète aux angles. La corniche est sculptée de palmettes reprises sur le tiroir en ceinture. Les panneaux de côté portent des motifs végétaux déployés sur des cuirs. Deux balustres, aux angles de la partie inférieure évidée, supportent l’ensemble. Sur la paroi du fond, s’épanouissent de larges rinceaux végétaux.


   La structure générale du dressoir est héritée du XVe siècle. Ce type de meuble ressort pleinement de la vie de cour : destiné à l'exposition de pièces de vaisselle d’apparat, il prend place dans les salles de réception.

Dressoir, XVIe-XVIIe siècle

Musée de Chièvres, Poitiers

   Au cours du XVIe siècle, le décor du dressoir évolue : les motifs sont puisés dans le répertoire ornemental de la Renaissance. Jacques Androuet du Cerceau publie, en 1550, un recueil de gravures contenant des modèles de dressoirs : bien qu’un peu trapu, celui des musées de Poitiers s’apparente à ces prototypes par son allure où l’on retrouve une certaine simplicité des lignes et de l’ordonnancement du décor. Les restaurations qu’il a subies ont conservé le dessin des motifs originaux.