François Viète et la Réforme, par Jean Dhombres.

 

Pouvait-il ne pas être protestant ? C'est ainsi que peut se formuler la question à propos de François Viète dans la mesure où aucune profession de foi calviniste n'est attestée de sa part. Qu'il ait été baptisé catholique est probable car sa famille l'était encore en 1540. Mais son père et d'autres parents proches adoptent le protestantisme. Il a dû rencontrer des disciples de Calvin lors de ses études à Poitiers, peut être le premier pasteur formé à l'Académie de Genève. Engagée dans la Réforme, comment imaginer qu'Antoinette d'Aubeterre l'ait invité à séjourner au Parc Soubise s'il n'avait au moins eu des inclinaisons protestantes. D'ailleurs, le récit que Viète fait du siège de Lyon où s'est illustré Jean de Parthenay contre les armées catholiques est incorporé sans coup férir par Théodore de Bèze dans l'Histoire ecclésiastique des Eglises réformées. Son élève au Parc Soubise, Catherine de Parthenay, est une ardente protestante dont la grand-mère, ancienne gouvernante de Renée de France, protégeait les Réformés du Bas-Poitou. C'est encore Françoise de Rohan, dame de la Garnache et soeur du nouveau mari de Catherine - le premier ayant été victime de la Saint-Barthélémy- qui accueille Viète dans sa propriété de Beauvoir sur Mer. Apparemment, il ne pouvait séjourner au château de Blain, propriété de Catherine, car dépendant du Parlement de Rennes, passé à la Ligue, alors que le Bas-Poitou est rattaché au lointain Parlement de Paris. Il est vrai que le 6 avril 1574,Viète a dû faire solennellement profession de foi catholique pour son installation au Parlement de Rennes. C'est la seule attestation. Y aurait-il eu restriction mentale de sa part ? Ce sont les Rohan protestants qui poussent en tout cas Henri III à le nommer maître des requêtes. Dès lors, les historiens "protestants" l'accaparent. Peut-on, sinon parler d'athéisme - Lucien Febvre a trop bien expliqué l'anachronisme du terme pour le XVIIè siècle - du moins évoquer une indifférence en matière religieuse? Il aurait, dans un premier mouvement refusé la présence d'un prêtre sur son lit de mort. Mais cette indifférence ne convient-elle pas surtout aux historiens, volontiers positivistes du siècle dernier, car elle permet de donner une représentation de la science laïque, et même de la science fidèle au Roi incarnant la continuité de la nation. A tout le moins, rien dans l'œuvre mathématique de Viète ne porte une trace religieuse, et c'est peut-être cette façon en rupture qui fait histoire.

 

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