POUR UN INTERNET LOCAL ET CITOYEN
Par Florence Durand-Tornare, Déléguée
Villes Internet, Vice
Présidente Créatif
Juin 2002
Le développement de la société de l’information dans laquelle s’inscrit volontairement notre pays depuis l’annonce du Programme d’Action gouvernemental pour la Société de l’Information *, porte de grands espoirs pour le développement culturel et social des individus.
A une acquisition de savoirs facilitée s’ajoute un gain d’autonomie des personnes. A des liens sociaux enrichis par la multiplication des rencontres et des échanges, s’ajoute un fort potentiel d’expression citoyenne et de participation à la vie publique.
La nature des réseaux numériques, le maillage qu’ils impliquent, leur « horizontalité » et les atouts propres à la numérisation des signes échangés font de cet outil une machine propre à transformer fondamentalement les modes de création, de production, d’organisation et de décision. Ces transformations profondes s’opèrent à tous les niveaux de la société dans la vie économique comme dans la vie sociale. Elles touchent les groupes et les individus.
La rapidité et la fluidité de la circulation des échanges dans une dynamique permettant à tous d’intervenir sur leur contenu, et leur totale accessibilité donnent à ces réseaux un impact potentiel que certains n’hésitent pas à qualifier de révolutionnaire.
Seule une réelle appropriation citoyenne de ces outils favorisera l'usage personnalisé et l'expression de chacun. Leur développement doit donc se concevoir à l’échelle du territoire national comme un service universel sur le même registre que l’eau, les transports, ou son alter ego, le téléphone.
Le développement de ces réseaux intégrant des objectifs non marchands de service public et d’intérêt général, dépend de la compréhension des enjeux et de la volonté politique qui dans le contexte français préside aux choix de modèles et au soutien des initiatives de développement d’usages qui émanent des différentes communautés d’intérêts.
Les phases d’expérimentation sont encore en cours sur les divers territoires, les débats sont nombreux sur les choix technologiques, sur les modèles d’implantation, sur la nature des usages d’intérêt général et du « service minimum » nécessaire. Les premiers tests d’usage passés, l’échange d’expérience se multiplie et la phase de généralisation commence ici et là. Généralisation d’autant plus efficace qu’elle est soutenue par un personnel politique local plus averti et responsable comme en témoigne la floraison d’adjoints ou de conseillers aux technologies et à la communication, de délégués à la citoyenneté et aux technologies ou à la démocratie locale et aux TIC (technologies de l’information et de la communication).
Spontanément, des lieux se sont ouverts dans les quartiers à l’initiative d’associations, de bibliothécaires, d’agents administratifs, ou d’élus informés. Espaces de sensibilisation, d’apprentissage, d’appropriation du nouvel outil et des opportunités qu’il offre, ces lieux à l’identité encore mal définie se sont multipliés.
Certains lieux à travers le pays ont entrepris des évaluations, comme en témoigne l’étude sur les expériences françaises menée par l’association Creatif *. Il ressort principalement que seuls des lieux publics de proximité peuvent mettre le réseau à disposition de tous pour son appropriation individuelle ou collective.
Pour que l'usage d'Internet participe à une dynamique de développement local la diffusion d’une " culture internet " de proximité est nécessaire. Les espaces multimédias ou les points d'accès public à Internet ont une fonction essentielle de diffusion de cette culture.
Dans une société où les modes d’échange et de partage sont en telle évolution nous pouvons accompagner et susciter la création des usages démocratisés de demain.
Nous avons le devoir en tant que citoyen, responsable associatif, élu local ou national, chercheur, d’alerter sur les risques liés au plaquage de la technologie sur les populations dans un objectif de rentabilité économique immédiate sans considération des identités, des cultures et des territoires.
Pour maîtriser et contrer ces développements intempestifs et chaotiques il s’agit d’organiser les conditions de la responsabilisation et de l’autonomie des personnes. Aller au devant des réseaux humains existants, leur proposer de participer à la création et au développement des usages des outils ne peut s’élaborer d’une manière équitable qu’à travers des lieux d’échange de compétences, de pratiques et de savoir. Pour concerner tous les habitants sans exclusive il s’agit de dédier des lieux publics et gratuits, de proposer des usages collectifs, des outils collaboratifs.
Les collectivités locales, à l’exemple des 420 Villes Internet *, par leur compétence à faciliter le lien et la décision entre acteurs politiques, économiques et associatifs, sont en position-clé pour atteindre cet objectif de développement d’une société responsable où les subjectivités porteront la richesse d’une communauté vivante et consciente.
* PAGSI-1997 www.internet.gouv.fr
* Créatif www.creatif-public.net
* Villes Internet www.villes-internet.net