14  BOULEVARD  DES  SIRES

SOMMAIRE

Introduction

Localisation et historique

Les volumes

Plan et distribution

Décor extérieur

Décor intérieur

Conclusion

 

INTRODUCTION

    Le contexte historique qui entoure la construction de la maison sise 14 boulevard des Sires est identique à celui de la maison avenue du Général de Gaulle. La fin du XIXe siècle est une période de prospérité. La ville s'étend et se couvre de nouvelles bâtisses en calcaire et couvertes d'ardoise. La plupart sont de taille et d'aspect modestes, mais quelques unes sortent du lot et illustrent la réussite de leur propriétaire. Elles ont une architecture et un décor typique de l'époque et sont appelées des "maisons bourgeoises". La demeure que nous allons étudier en fait partie. 

     Nous verrons quelles influences ont inspiré l'architecte.

 

LOCALISATION ET HISTORIQUE

 

    * Localisation

 

    La demeure aujourd'hui située boulevard des Sires, surplombait jusqu'en 1973 le marché aux boeufs. Elle était entourée d'un grand parc qui s'étendait à l'ouest. Par ailleurs l'enceinte médiévale passait au nord de la parcelle A 926, entre la maison et la place du marché. Ce mur épais de plus d'un mètre, rythmé de tours rondes, était en partie conservé en 1836 (voir plan ci-dessous). Or la façade principale de la demeure est orientée vers la place. En conséquence, l'enceinte a été partiellement démontée pour implanter le portail imaginé par M. Tilleau, l'architecte.

    D'autres évènements ont bouleversé la grande parcelle A 926. Le percement de la rue Louis Aragon a très probablement amputé la partie ouest du terrain. De plus, dans les années 1980, ce parc a été encore réduit par la construction de la résidence Beaumanoir. Actuellement une petite bande de terrain entoure la maison.

 

Cadastre de 1836 : en rouge les parcelles appartenant à M. Maranne Cadastre actuel : en rouge la maison 14 boulevard des Sires

  

        * Historique

     

Plan des rez-de-chaussée et premier étage signé par A. Tilleau, 1885 Dessin signé A. Tilleau

    Le plan et le dessin de A. Tilleau porte en en-tête " M. Maranne Prop.re à Parthenay ". Ils sont datés de 1885. Les matrices cadastrales indiquent une construction en 1886 au nom de J. B. Maranne. Une recherche dans les archives municipales nous a permis de retrouver l'arbre généalogique de cette famille. 

    Louis Maranne, né en 1765 et mort en 1818 à Parthenay, exerce la profession de " poëtier " ou " poëllier ", c'est-à-dire fabriquant de poêle à bois. Il a eu deux fils : Louis Alexandre (1798-1838) qui eut la même profession que son père et Jean-Baptiste (1807-1883) qui est, selon les actes, " praticien ", autrement dit médecin, " propriétaire ", c'est-à-dire rentier, ou marchand de fer. En 1851, il a eu un fils, Gonsalve Jean-Baptiste, qui deviendra avocat et épousera Marie Fanny Grimault, la fille du président du tribunal civil de première instance de Parthenay. 

    Ces premières informations indiquent que ce n'est pas J. Baptiste Maranne qui a fait construire la maison puisqu'il est décédé en 1883. Il a en revanche acheté la parcelle où elle sera bâtie. Son fils Gonsalve étant son unique héritier, aucune rectification ne fut apportée au registre des matrices cadastrales. Et c'est donc lui qui commanda la construction de cette demeure imaginée par l'architecte A. Tilleau.

    La figure ci-dessus montre les acquisitions de J. Baptiste Maranne : elles vont de la rue de la Poste à la place du 8 Mai (autrefois du Marché aux boeufs). Sur la grande parcelle 926 se trouvait en 1883 une remise. Le reste devait être en friche ou occupé par un jardin. Ce grand terrain a été mis à profit par Gonsalve pour installer une belle demeure.

    Ensuite, cette demeure est restée au sein de la famille jusque vers 1980. Trois propriétaires se sont alors succédés, entraînant des bouleversements importants. La maison a ainsi perdu le parc qui l'entourait.

 

LES VOLUMES

    Les photographies

    Vue de l'ancien champs de foire (actuellement du 8 Mai 1945), la maison est composée de deux ailes disposées en équerre avec une tour accolée dans l'angle. Cette tour a un toit circulaire et pointu couvert d'ardoise qui la met en valeur. Les deux ailes ont une toiture à croupes et à noues. Lorsque l'on est à l'opposé, c'est-à-dire au nord, on retrouve les mêmes volumes à la différence près que la tour est rectangulaire.

    La façade ouest a un décrochement créant un pavillon accolé au corps de bâtiment principal. 

    Ainsi l'effet général est celui de l'imbrication de corps de bâtiments tellement nombreux qu'aucune organisation, ou plan type, n'en ressort. Toutefois la façade principale donnant sur l'ancien champs de foire est nettement composée pour avoir comme signe distinctif une tour ronde. L'architecte s'est inspiré de l'architecture gothique et plus particulièrement de celle du XVe siècle.

 

PLAN ET DISTRIBUTION

   

    Le plan réalisé par l'architecte A. Tilleau est un document rare et précieux. En effet il nous permet de connaître l'agencement et la fonction des pièces.

   Les accès extérieurs sont au nombre de quatre. L'accès principal se situe en face du portail et est percé dans la tour ronde demi-hors oeuvre. La porte est précédée de cinq degrés. Ensuite deux portes sont ouvertes à l'est : l'une donne accès à la salle à manger, l'autre à la cuisine. Une quatrième porte permet du petit salon de descendre dans le jardin qui entoure la maison.

   Le rez-de-chaussée est implanté sur une cave et ainsi surélevé par rapport au sol du jardin. Il est organisé autours d'un axe central de circulation formé par la tour ronde prolongée par le vestibule et la cage d'escalier. Le grand et le petit salon sont à l'ouest de cet axe, la salle à manger, l'office et la cuisine sont à l'est. Un escalier de service, à côté de la cuisine, distribue les deux niveaux supérieurs.

    Le premier étage comporte quatre chambres, deux avec deux lits et deux chambres à un lit. La plus grande des chambres, au sud-est de la maison, est celle des propriétaires. En effet elle possède un petit '' cabinet pour Monsieur '' et un grand '' cabinet pour Madame ''. Ce dernier est installé dans la tour ronde. Une porte sur la palier permet de transformer ce cabinet en chambre. Les deux pièces à un lits ont une petite salle accolée appelée ''  toilette ''. Enfin, un réduit, à côté du palier, fait office de '' water-closet '' et est éclairé par une petite fenêtre.

   Nous n'avons pas de plan des combles de l'architecte. De plus aucun élément datant du XIXe siècle (cheminée, porte) n'a été observé. Il serait pourtant étonnant que des pièces n'aient pas été aménagée dans ce grand espace, en particulier pour le personnel de maison, car on y accède par l'escalier de service.

   La charpente est apparente et très complexe. En effet les nombreux décrochements et tours conduisent à autant de portion de charpente. Ainsi sont juxtaposés un assemblage circulaire pour la tour ronde et des charpentes en croupe pour les parties latérales.

 

DECOR EXTERIEUR

    Les photographies

    Toutes les ouvertures ont un décor identique. L'encadrement est orné d'un chanfrein qui, sur le linteau, dessine une fine accolade. L'appui des fenêtres est mouluré. Enfin portes et fenêtres sont surmontées d'une archivolte retournée. Un cordon mouluré forme, au-dessus de l'ouverture, une accolade, puis redescend et fait un retour horizontalement à la base. Ces corps de moulures sont composés de cinq moulures fines, alternant des moulures saillantes et creuses. 

    Le décor de la tour ronde reprend ces éléments en les développant. L'archivolte de la porte d'entrée possède un fleuron à trois branches au sommet de l'accolade. Le corps de moulure ne forme pas un retour mais repose sur deux culots ornés de feuillage. Enfin la fenêtre du dernier niveau coupe la toiture et se termine en fronton triangulaire : c'est une lucarne à fenêtre pendante. Elle repose sur un cordon qui entoure la tour au niveau des corniches des deux toitures voisines. Le fronton est orné d'un triangle recreusé en trilobe.

    La toiture en ardoise possède des épis en zinc. Le dessin du projet montre également la présence de crêtes au sommet du pavillon ouest et de la tour rectangulaire.  

 

DECOR INTERIEUR

   Les photographies

    L'escalier principal est en bois, probablement du chêne. Il est tournant, suspendu et occupe tout l'espace de la tour rectangulaire. La main-courante est en fer forgé et en bois. Le départ de rampe possède une boule dorée. 

    Le plafond de la salle à manger est orné de poutres apparentes. Elles ont une petite section avec les angles adoucis par un chanfrein. Le grand salon a un plafond lisse avec une large corniche courant le long des murs. 

    Toutes les pièces ont un plancher en chêne à petites lattes. 

    Les huisseries des portes et des fenêtres sont parfaitement conservées. Les murs étant particulièrement épais (50 cm), les tableaux sont lambrissés. Leur décor est  composé de rectangles horizontaux ou verticaux, est identique à ceux des vantaux. Les encadrements ont des moulures rondes.

    Chaque pièce d'habitation possédait à l'origine une cheminée car c'était la seule source de chauffage. Aujourd'hui deux seulement sont conservées : une cheminée en marbre blanc dans le grand salon et une cheminée en pierre noire dans la salle à manger. La première est engagée dans le mur avec un foyer ébrasé. Elle est typique de son époque puisque le livre de J. M. Perouse de Montclos, Architecture, vocabulaire, montre une cheminée quasiment identique à Paris (Musée postal, 4 rue Saint-Romain). Seuls les décors au centre du manteau et au sommet des piédroits sont différents. La seconde cheminée a une ornementation plus simple mais a gardé les mêmes proportions.

 

CONCLUSION

   Cette demeure est, de part sa taille, son décor et ses volumes, une habitation originale, typique de la fin du XIXe siècle. Pendant ce siècle le Moyen Age était à la mode et les architectes reprenaient des éléments décoratifs romans et gothiques. A  Parthenay, A. Tilleau a non seulement utilisé des ornements gothiques (accolade, chanfrein, fleuron), mais il a repris une organisation de façade caractéristique des châteaux du XVe siècle. En effet la tour ronde demi-hors-oeuvre, placée au centre de la façade principale ou dans l'angle de deux corps de bâtiments, est un signe distinctif à la fin du Moyen Age. Elle met en évidence l'escalier en vis qu'elle renferme et qui assure la distribution principale du château. A Parthenay, l'architecte a préféré enlever cet escalier pour créer un vaste vestibule au rez-de-chaussée.

   A l'intérieur, l'influence médiévale est absente. Les cheminées, l'escalier et les boiseries sont de style classique. Ces dernières sont presque identiques aux boiseries des ouvertures de la maison sise 77 avenue du G. de Gaulle présentée dans cette rubrique.