71 RUE DE LA VAU SAINT-JACQUES

 

SOMMAIRE

Introduction

Historique 

Iconographie ancienne

La parcelle

L'aménagement intérieur

Le pan de bois

Conclusion

 

INTRODUCTION

 

    Si vous avez eu l'occasion de parcourir la rue de la Vau Saint-Jacques à Parthenay, vous avez probablement remarqué la petite place pavée à l'angle de la rue Moque Souris. Comment imaginez-vous cet espace avant le récent aménagement ?

    En fait une petite maison occupait un quart de la place, le long de la rue Moque Souris. L'espace restant était clôturé par un mur en pierre percé d'une grande ouverture sur la rue de la Vau Saint-Jacques. Ainsi des voitures pouvaient stationner.

     Cet aménagement fait partie d'un programme de réhabilitation de plusieurs bâtiments de l'îlot qui étaient en ruine : la caserne Férolle et la maison sise 7-9 rue Moque Souris. Cette dernière borde la place à l'est. De plus la rue Moque Souris a été fermée à la circulation automobile dans sa partie basse. Un mur de terrassement coupe la rue en deux dans le sens longitudinal, avec d'un côté une rampe, de l'autre un escalier. Le dénivelé particulièrement important de cette voie limitait déjà son utilisation par des véhicules motorisés.

    Les travaux de terrassements impliquaient un décaissement. En conséquence une campagne de fouille archéologique a eu lieu l'été 1999. Les résultats sont regroupés dans un DFS (document final de synthèse)

    

    Il est possible de retrouver le passé de ce lieu. Une étude du site et des plans cadastraux met en lumière un fait : deux maisons occupaient cet emplacement en 1834 et elles ne correspondent pas à celle qui a été démolie en 1999. De plus des cartes postales datant de la fin du XIXe siècle montrent nettement deux maisons à pans de bois.

    Nous avons choisi de réaliser une étude architecturale d'une seule maison : celle qui est placée entre la maison d'angle au nord, et la maison sise 73 rue de la Vau Saint-Jacques au sud. Ce choix découle d'une analyse des pans de bois de ces trois bâtisses : celui de la maison d'angle a de nombreuses similitudes avec la construction à l'angle des rues Vau Saint-Jacques et Férolle, tandis que celui de l'autre maison disparue a un encorbellement d'un type rare à Parthenay.

 

    Par commodité nous avons numéroté les deux maisons disparues. La maison d'angle aura le numéro 71 et sa voisine le 71 bis.

 

HISTORIQUE

 

    Des recherches aux archives municipales et départementales menées par Albéric Verdon ont permis d'identifier les propriétaires de cette maison de 1699 à 18341. Toutefois à l'exception d'un acte notarié de 1791, ces documents ne contiennent aucune description du bâtiment. Ainsi à la fin du XVIIIe siècle, il est " composé d'une boutique sur le devant, un cellier par derrière, deux chambres hautes et deux greniers par dessus"2

    La démolition de cette maison date de 1945. En effet trois photographies du service départemental de l'Architecture et du Patrimoine de Niort montrent cette construction et sa voisine presque totalement démolies puisqu'il ne subsiste que le rez-de-chaussée. Toutefois du fait que les maisons médiévales de Parthenay partagent leur mitoyenneté, le mur nord de la maison n°73 rue de la Vau Saint-Jacques était le mur sud de la maison qui nous intéresse. Un rapide coup d'oeil indique qu'il a conservé des traces intéressantes du niveau supérieur (cheminées, etc.).

    Par la suite un mur de clôture fut édifié suivant l'emprise des deux maisons disparues. A une date également inconnue, une petite habitation a été construite au fond de la parcelle d'angle. C'est elle qui a été démolie en 1999.

    Notes : 
1. ADDS (Niort) - 3E 3013
2. ADDS (Niort) - 3E 3013

 

ICONOGRAPHIQUE ANCIENNE

 

    L'iconographie ancienne se compose de deux groupes de documents : des cartes postales et des photographies de la fin du XIXe siècle ou du début du XXe siècle et les photographies datées de 1945.

Le premier groupe contient :  

- deux cartes postales signées JANE qui ont, en arrière plan, la façade sur rue de la maison sise 71 bis rue de la Vau Saint-Jacques

- une photographie de Robuchon prise de l'angle des rues Parmentier et Vau Saint-Jacques. Ainsi nous pouvons apercevoir le profil de la façade sur rue et une partie du mur nord.

Le second groupe provient des archives du service départemental de l'Architecture et du Patrimoine dirigé par l'Architecte des Bâtiments de France. Les trois photographies en noir et blanc sont datée de 1945 et montrent les maisons n° 71 et 71 bis vues du nord et du sud. 

    Il est clair que sans ces documents iconographiques, nous n'aurions pas pu réaliser une étude presque complète de cette maison à pan de bois. La description de 1791 et le mur sud conservé parce que mitoyen avec la maison sise 73 rue de la Vau Saint-Jacques, ne nous auraient pas apporté suffisamment d'informations. 

 

LA PARCELLE

 

Cadastre de 1834

    D'après le cadastre de 1834 la maison 71 bis rue de la Vau Saint-Jacques est sur la parcelle A 330. Celle-ci mesure environ 3,80 m. de largeur pour 15,85 m. de longueur. Aucune cour ou jardin ne sont indiqués à l'arrière de la parcelle. En revanche la maison d'angle avait une cour le long de la rue Moque Souris. Ainsi la demeure du 71 bis avait deux sources de lumière, au nord grâce à la cour et à l'ouest avec la rue.

 

    Toutefois, l'accès ou les ouvertures côté nord sont hypothétiques. En effet une porte au rez-de-chaussée de la maison impliquerait un droit de passage dans la cour voisine. Ce droit n'est pas mentionné dans les actes notariés, d'après nos connaissances actuelles. Les règles de bon voisinage médiéval précisent que des fenêtres peuvent être percées, mais elles doivent être de taille réduite et en hauteur pour empêcher la vue directe chez le voisin (Leguay, La rue au Moyen Age, Rennes, 1984)

 

L'AMENAGEMENT INTERIEUR

 

    La comparaison entre l'acte notarié de 1791 et l'analyse du mur sud va nous permettre de décrire l'aménagement intérieur de la maison.

    Les photographies

        a/ Description du mur sud

    Le bas du mur, sur toute sa longueur, est composé de moellons de granit jointoyés au ciment. Ce mortier est largement étalé sur les pierres (joints beurrés). L'ensemble n'est cependant pas homogène. Au niveau des deux cheminées, on remarque des pierres qui comblent la partie basse de l'âtre. Il s'agit donc d'une reprise du mur, sans doute postérieure à la démolition de la maison, dans le but d'assurer l'étanchéité et la stabilité de ce pignon. Cette reprise des joints au ciment s'étend en élévation sur le quart est du mur. On observe également des trous de forme rectangulaire et alignés horizontalement, à environ deux mètres de hauteur. Ce sont certainement les traces d'encastrement des solives du plancher du premier étage.

    La partie haute du pignon est recouverte d'un enduit à la chaux qui laisse apparaître des moellons de granit et les briques des conduits de cheminée. Le conduit de la cheminée ouest (côté rue) est complètement engagé dans le mur tandis que celui à l'est forme un ressaut de quelques centimètres. Les souches ont disparues, ainsi que les piédroits et le manteau de la cheminée est. En revanche sa voisine a conservé ses piédroits. Les quatre pierres qui soutenaient le manteau ont été bûchées de sorte qu'elles ne dépassent plus de la surface du mur. Le manteau a totalement disparu. Toutefois les restes de ces éléments sont caractéristiques d'une cheminée à corbeaux arrondis et datant de la fin du Moyen Age. La maison des antiquaires, sise 69 rue de la Vau Saint-Jacques, possède deux exemples de ce type. La cheminée est n'a pas les mêmes proportions, la hotte est plus basse et l'âtre devait être moins haut que celui des cheminées médiévales. Est-ce un ajout , ou une reprise ?

        b/ La fonction des pièces

    L'existence de deux cheminées au premier étage correspond à la description qui mentionnent " deux chambres hautes ". Les occupants de la maison vivaient dans ces deux pièces, c'est-à-dire qu'ils y mangeaient et y dormaient. Dans la majorité des maisons à pans de bois de Parthenay on retrouve ce découpage du premier étage en deux pièces. Toutefois nous ne pouvons pas être plus précis. 

    A propos des combles, il est dit " deux greniers par dessus ". L'auteur indique ainsi qu'une séparation dans les combles formait deux pièces. Là encore les informations nous manquent pour décrire l'utilisation de ces lieux.

    Le rez-de-chaussée possédait en 1791 " une boutique sur le devant ", c'est-à-dire donnant sur le rue. Cette boutique est confirmée par l'étal que nous voyons sur les cartes postales signées Jane. De plus l'expression " un cellier par derrière " laisse penser que l'on y conservait du vin ou des provisions. Cependant nous ne savons ce qui était vendu dans la boutique et si une activité artisanale était organisée dans la pièce arrière. Dans le cas qui nous occupe, l'étroitesse de l'espace et l'absence de cour interdisent certaines activités (teinture, ...).

        c/ L'aménagement intérieur

    La séparation de chaque niveau en deux pièces peut être réalisée au Moyen Age soit avec un mur maçonné, soit avec une cloison en torchis. A Parthenay les deux techniques coexistent. Toutefois le mur sud nous apporte quelques informations. La partie haute ne montre aucun arrachement. Il ne semble donc pas y avoir eu de mur lié à ce mur latéral. La reprise de la partie basse a effacé toutes les traces. L'hypothèse la plus vraisemblable serait que la séparation aux deux étages soit réalisée avec une cloison en torchis. Pour le niveau inférieur un mur en pierre aurait l'avantage de ne pas craindre l'humidité provenant du sol.

    Par ailleurs, les solives des planchers sont généralement, dans les maisons à pans de bois de Parthenay, perpendiculaires à la façade sur rue. Dans le cas de notre maison 71 bis rue de la Vau Saint-Jacques, les photographies laissent apparaître  les extrémités de solives perpendiculaires à la façade. Cependant nous avons vu dans la partie est du mur sud des traces d'encastrement de solives qui seraient alors parallèles à la rue. Cette disposition n'est pas courante et laisse supposer que l'élément de transition entre les deux types de plancher était probablement un mur maçonné en pierre.

    Les escaliers devaient être des rampes droites comme dans la majorité de maisons à pans de bois étroites de la rue de la Vau Saint-Jacques. La règle veut que l'escalier montant au premier étage soit généralement construits en pierre et placés en face de la porte d'entrée et soit placé le long du mur latéral qui ne possède pas de cheminée. Dans cette maison sise 71 bis rue de la Vau Saint-Jacques, l'escalier était accolé au mur latéral nord. Ensuite celui qui mène aux combles est placé au-dessus du précédent et prend parfois la forme d'une échelle de meunier.  

 

LE PAN DE BOIS

 

     Les photographies

        a/ Le premier niveau

   Le rez-de-chaussée de la façade sur rue est occupé par un étal au sud et une porte au nord. Les deux murs latéraux apparaissent sur les cartes postales de Jane. Ils sont tous les deux en pierre de taille. Le mur nord montre un canal d'évacuation d'évier avec feuillures. Des tuiles semi-rondes fermaient ce tuyau qui évacuait les eaux de l'évier posé sur le sol du premier étage vers le pavé de la rue. Ces éviers sont devenus rares, mais de nombreux conduits sont encore visibles dans la rue de la Vau Saint-Jacques.

   La porte a un battant en bois surmonté d'une petite fenêtre. La pierre du seuil est légèrement au-dessus du niveau du pavage de la rue.

   L'étal semble fermé par deux volets à battants horizontaux. Ils reprendraient ainsi la disposition médiévale où le battant inférieur servait de présentoir pour la marchandise et le battant supérieur protégeait celle-ci de l'eau et du soleil. La partie inférieure de l'étal est maçonnée et recouverte d'un enduit. Celui-ci est tombé dans un des angles laissant apparaître ce qui pourrait être un chaînage d'angle en pierre et des briques. Ce chaînage forme le piédroit de la porte d'entrée.

   L'encadrement de ces deux ouvertures est réalisé avec trois poteaux en bois. On ne voit sur les cartes postales qu'un seul poteau en entier : celui qui sépare les deux baies. Il repose sur le chaînage du muret de l'étal et donc n'est pas planté dans le sol. Ainsi il ne risque pas les remontées d'humidité du sol et de pourrir. Il est fort probable que les deux autres poteaux reposent sur des pierres maçonnées. Ces trois poteaux s'élargissent vers le haut. Ils sont formés de deux parties sans que l'on puisse savoir si elles ont un assemblage ou non. La partie intérieure est rectangulaire tandis que la partie extérieure a une forme évasée. De fines moulures rondes soulignent les angles de ces poteaux élargis. Au sommet ces moulures dessinent un quart de cercle et l'on s'attendrait à voir une poutre horizontale permettant à la moulure de rejoindre le poteau voisin. Or ce n'est pas le cas : le pan de bois a-t-il été modifié, ou est-ce le parti d'origine, que l'on pourrait qualifier de maladroit ?

   Les trois poteaux élargis (voir figure ci-dessous ; A) soutiennent une sablière ( B) qui s'étend sur toute la largeur de la façade, moins de quatre mètres. Une deuxième sablière (D) est visible au-dessus de la précédente avec, entre-elles, l'extrémité de poutres équarries (C). Ce sont les solives du plancher. Nous avons donc un encorbellement sur poteaux élargis. Toutefois, les deux sablières ne sont pas décalées pour former un léger surplomb qui cache les abouts des solives. Dans l'exemple parthenaisien, l'assemblage des sablières avec les solives est simplifié au maximum et reprend le modèle du surplomb simple sur solives couramment utilisé dans la rue de la Vau Saint-Jacques. Un lait de chaux pouvait cacher cet assemblage et protéger les poutres de l'humidité.

        b/ Deuxième et troisième niveaux

   Concernant les premier et deuxième étages, nous manquons de documentation. La carte postale de Jane représentant un groupe de danseur, montre le départ de deux croix de Saint-André et trois potelets. Cette disposition n'est pas originale pour une façade aussi étroite, bien au contraire. Une croisée était, très probablement, placée au centre de la façade, entre les deux croix de Saint-André qui raidissent le pan de bois. Le hourdis est enduit. Enfin, la photographie de Robuchon indique que la façade n'a pas d'encorbellement entre le premier et le deuxième étage.

       c/ Le mur nord

   Le mur nord est visible sur la photographie de Robuchon. La maison n° 71 bis est plus haute que sa voisine du n° 71 et donc une partie du mur mitoyen est dégagée. Cette photographie laisse entrevoir un pan de bois composé de poteaux verticaux hourdis de brique. En conséquence, le mur nord était maçonné en pierre dans sa partie inférieure et en pan de bois dans sa partie supérieure. Où était la jonction ? Au niveau du plancher du deuxième étage ? Ou plus bas ? Un conduit de cheminée est accolé à ce mur. 

       

CONCLUSION

 

Les surplombs sur poteaux élargis
(cliquez sur l'image)

 

    Trois bâtiments peuvent être comparés à la maison située 71 bis rue de la Vau Saint-Jacques :

            * la maison sise 2 rue de la Vau Saint-Jacques dont le rez-de-chaussée de la façade sur rue a été détruit mais que nous connaissons grâce à une photographie (photo);

            * la maison dite des Antiquaires, 69 rue de la Vau Saint-Jacques, que nous avons étudiée dans cette rubrique (photo);

            * la maison au numéro 1 rue du faubourg Saint-Paul (photo).

    Les deux maisons sises 2 et 69 rue de la Vau Saint-Jacques ont un surplomb quasiment identique (voir le dessin ci-dessus). Les poteaux élargis (A) portent les deux sablières, la sablière basse (D) étant placée au-dessus et en surplomb par rapport à la sablière haute (B). Ainsi les solives du plancher (C) ne sont pas liées à la façade sur rue et lui sont parallèles.

   Le troisième exemple, au faubourg Saint-Paul, montre trois poteaux élargis (A) en parti bûchés. Ils soutiennent trois solives (C) et la sablière haute (B)  qui est toujours placée en retrait. Par conséquent la sablière basse (D) n'est plus posée sur le poteau élargi mais sur les extrémités des solives. Cet assemblage est atypique et présente des similitudes avec le surplomb simple sur solives. En effet le charpentier a ajouté trois poteaux élargis à un assemblage en surplomb simple sur solives.

   La maison sise 71 bis rue de la Vau Saint-Jacques est proche de cet exemple du faubourg Saint-Paul. Les solives (C) sont perpendiculaires à la façade mais au contraire de la maison du bourg Saint-Paul, les solives ne forment par d'encorbellement. Les quatre éléments : poteaux élargis (A), sablière haute (B), extrémités des solives (C) et sablière basse (D), sont à l'aplomb. Ce sont les poteaux élargis qui créent le surplomb.

   La comparaison entre ces trois types de surplombs met en évidence le fait que la technique du surplomb sur poteaux élargis, que l'on peut observer dans d'autres villes françaises, est utilisée dans sa forme classique uniquement pour les façades des maisons sises 2 et 69 rue de la Vau Saint-Jacques. Les deux autres exemples sont à mi-chemin entre ce type d'encorbellement et le surplomb simple sur solives, largement utilisé à Parthenay. S'agit-il de charpentiers qui ne maîtrisaient pas cette technique de pan de bois ? Ou est-ce volontairement que l'artisan a créé un pan de bois original ?