77 AVENUE DU Gal. DE GAULLE |
SOMMAIRE
Durant la seconde moitié du XIXe siècle, la ville confirme le développement amorcé depuis la Révolution. Parthenay, qui sous le second Empire (1852-1870) compte un peu plus de 5 000 habitants, se distingue peu à peu par son dynamisme urbain. Plusieurs faits en sont à l'origine, la personnalité de certains édiles locaux, tels Louis Ganne, maire de Parthenay de 1864 à 1874 et de 1876 à 1886 et Louis Aguillon, maire de 1898 à 1913 et de 1919 à 1928, les retombées de la révolution industrielle, l'arrivée du chemin de fer et la mise en place du réseau des tramway des Deux-Sèvres.
Les conséquences sur le paysage urbain sont importantes. Ces infrastructures de transport sont installées à l'est de la vieille ville, mais les édiles locaux souhaitent les raccorder au quartier médiéval. On crée ainsi une large artère, dans les dernières années du XIXe siècle (avenue de la Gare en 1881). Afin de maintenir une cohérence dans le développement, la municipalité encourage la construction dans les espaces libres entre la ville fortifiée et la gare. (PARTHENAY, DEPAVF, Cavaillès M. et Lecomte N., Paris, Centre des monuments nationaux/Editions du patrimoine, 2000)
* Localisation
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Cadastre 1997, section AO |
La partie grisée correspond à un agrandissement récent. |
La demeure que nous allons présenter ici est située avenue du Général de Gaulle, autrefois avenue de la Gare. Cette avenue a été percée en 1881, lors de la construction du chemin de fer et de la gare au nord du faubourg du Bourg-Belais. Cette zone était occupée par de grands champs et quelques chemins. Ainsi la rue et l'impasse Châteaudun existaient avant la construction des lignes de chemins de fer. L'impasse se poursuivait vers l'est, vers les Petites Loges. La ligne de chemin de fer a coupé ce chemin et créée l'impasse Châteaudun. A l'ouest, le rue Châteaudun et le cimetière transformé en jardin public, ont été conservé sans être modifiés.
On comprend alors pourquoi les architectes et les édiles du XIXe siècle n'ont pu créer un ensemble de rues orthogonales à l'avenue principale. L'absence d'archives municipales décrivant cet aménagement urbain majeur ne permet pas d'être plus précis.
La demeure qui nous intéresse est sur une parcelle traversante donnant sur l'impasse Châteaudun, et qui mesure environ 40 mètres de longueur pour une dizaine de mètres de large.
* Historique de la demeure
Grâce à une recherche dans les archives notariales et municipales de Parthenay, nous avons pu retrouver le premier propriétaire de cette maison. Il s'agit de M. et Mme GUISSARD qui habitaient auparavant rue du Poids des Farines (actuellement rue de la Saunerie). M. Guissard était tapissier. Il a acheté le terrain et fait construire sa maison en 1886. Sur les matrices cadastrales celle-ci est appelée "pavillon", ce qui traduit le caractère original du bâtiment pour l'époque à Parthenay.
L'analyse des parcelles 238 et 239 et des actes de vente semble montrer que M. et Mme Guissard ont acheté une parcelle rectangulaire qui correspond aux deux réunies. Ils ont fait bâtir deux maisons, l'une sur l'avenue de la Gare et l'autre donnant sur l'impasse Châteaudun. La qualité architecturale de cette dernière est nettement inférieure à la maison que nous étudions. Elle est en moellons de calcaire, sans aucun décor, et possède un rez-de-chaussée, un étage et un grenier mansardé. Elle devait soit abriter les domestiques, soit être louée. En 1927, les deux maisons sont définitivement séparées et définies par deux références cadastrales et deux numéros de rue. La parcelle 238 conserve un accès sur l'avenue de la Gare.
La maison a un plan rectangulaire mais elle est composée de deux bâtiments, ou ailes, accolés. Le bâtiment donnant sur l'avenue est bordée à l'est d'un porche surmonté d'une terrasse. Sa charpente est à croupe et à noue. La croupe s'élève au-dessus de la façade sur rue. La seconde aile a sa toiture orientée perpendiculairement, c'est-à-dire est-ouest, avec un pan coupé à l'ouest et un pignon à l'est. L'impression vue de la rue, est celle de deux corps de bâtiments perpendiculaires. Or le corps donnant sur le jardin a une longueur équivalente à celle du bâtiment sur rue, le porche inclus. Autrement dit, en plan, la maison est rectangulaire. Si l'élévation est complexe, le plan est simple.
L'aile donnant sur la rue correspond aux pièces les plus importantes : au rez-de-chaussée, le salon qui possédait une cheminée style Henri II aujourd'hui disparue et, à l'étage, une chambre avec un balcon et une terrasse. Le corps de bâtiment sur jardin comprend la cage d'escalier et plusieurs pièces. L'escalier, tournant à droite à deux volées droites, est ainsi au centre de la maison, parallèle à la rue et permet une distribution harmonieuse des deux parties.
L'espace
à l'est de
l'escalier est occupé au rez-de-chaussée par le hall d'entrée, et au premier
étage par un cabinet de toilette. Ce dernier était le cabinet de la grande
chambre donnant sur la rue. Une porte dans l'angle nord-est de cette pièce
permettait d'y accéder sans passer par le palier de l'escalier, évitant ainsi
les courants d'air.
Une deuxième chambre occupe le premier étage, côté
jardin. Elle a sa propre salle de bain avec une baignoire en fonte émaillée.
Le rez-de-chaussée de l'aile donnant sur le jardin a été modifié plusieurs fois. Si aujourd'hui il est occupé par une cuisine et un couloir, on peut se demander comment était organisé cet espace dont le mur sud (côté escalier et entrée) était percé de deux portes à un mètre de distance, éclairé par deux fenêtres, l'une à l'est et l'autre au nord (côté jardin), et ouvert sur le jardin par une porte à l'extrémité ouest du mur nord. Y-avait-il des cloisons en bois qui séparaient les pièces ? Où était la cheminée ?
L'impression de profusion et de complexité est donc aussi présent à l'intérieur. Les très nombreuses portes permettent des accès directs, mais, en contrepartie, multiplient les percements dans les murs. Entre les fenêtres et les portes, l'espace où placer une armoire ou un buffet, est particulièrement limité. Pour cette raison, les propriétaires actuels ont condamné, sans les détruire, deux portes au rez-de-chaussée et deux autres au premier étage.
Le deuxième étage est sous comble. Il est occupé par deux chambres et un grenier aménagé. Les deux charpentes sont en partie visibles. Le grenier, transformé en chambre, est éclairé par la lucarne de la façade sur rue. Les deux autres chambres, sans cheminée, et donc sans chauffage au XIXe siècle, sont dans l'autre aile. L'espace sous la charpente y est plus vaste.
La maison possède un soubassement en granit, de un mètre environ de hauteur. Il se termine par un large tore à profil demi-circulaire. Au-dessus, le mur est en calcaire : moellons enduits et pierres de taille pour les angles et les baies. La toiture est en ardoise avec des zingueries décoratives (crêtes et épis). La souche de la cheminée est composite, en brique et en pierre blanche.
La façade sur rue est rythmée par une travée de fenêtre : une large baie couverte en anse de panier au rez-de-chaussée, une baie géminée rectangulaire au premier étage et une lucarne surmontée d'un fronton au dernier niveau.
La baie du premier étage est séparée du soubassement par un bandeau. Celui-ci a la largeur de la baie et est composé de motifs géométriques circulaires et de deux socles aux extrémités.
La fenêtre possède un appui saillant. L'arcade en anse de panier est formée d'une bande lisse délimitée par deux réglets. Le chapiteau prend la forme d'une bande creusée de quatre canaux plats verticaux. Au sommet de l'arc, une agrafe est ornée d'une large feuille d'acanthe. Les huisseries de la fenêtre sont à petits bois.
Deux cordons séparent le rez-de-chaussée et le premier étage. Le cordon inférieur est composé de quatre moulures à angle droit en retrait les unes par rapport aux autres. Il passe derrière les consoles et l'agrafe. Le cordon supérieur est un peu plus large. Il reprend le profil de la pierre plate du balcon.
Les deux consoles sont sculptées de feuilles d'acanthe et d'une volute.
Le balcon a la même largeur que la fenêtre géminée. Son garde-corps ajouré est orné d'un réseau composé de carrés disposés sur leur pointe. L'intérieur de chaque carré est percé d'un oculus quadrilobé.
La baie du premier étage est, en fait, une porte-fenêtre. Elle est divisée en deux par un meneau en pierre. Elle est encadrée par deux pilastres cannelés à chapiteau d'inspiration composite. Ceux-ci sont surmontés d'un entablement orné d'un losange.
Une corniche saillante soutenue par des modillons délimite la façade en partie haute.
La lucarne, toujours dans l'alignement des deux précédentes baies, est composée d'un réseau de bandeaux. Le fronton triangulaire est réalisé avec l'un d'eux. Deux autres bandeaux ornés de moulures circulaires ou plates, marquent le sommet de la fenêtre. La base de la lucarne est élargie grâce à deux ailerons à volutes.
Le porche et sa
terrasse constituent un ensemble architectural bien que leurs fonctions
divergent.
Le premier est là pour protéger les hôtes de la pluie, tandis que la seconde
est réservée aux plaisirs des propriétaires. On accède au porche par quatre
marches en granit. Le garde-corps est identique à celle du balcon de la façade
sur rue, à un détail près : les carrés sont remplacés par des cercles
renfermant toujours un oculus quadrilobé. Le porche est formé d'une arcade en plein cintre au
sud (côté rue) et de deux arcades identiques à l'est. L'arcade est
composée d'un pilastre de section carré, lisse, surmonté d'un chapiteau
sculpté. Les trois chapiteaux ont des volutes aux angles ou des animaux
fantastiques enroulés sur eux-même et des motifs
végétaux. L'un d'eux a une tête de monstre qui tire la langue. Le plafond est
composé des pierres plates qui forment le sol de la terrasse.
Le garde-corps de
cette dernière reprend le modèle du balcon, qui est au même niveau, créant
ainsi une continuité dans le décor. Un pot de fleur en calcaire est posé sur
le garde-corps, à l'angle des deux façades.
Le pignon orienté à l'est, est rythmé par deux travées de fenêtres. Les deux fenêtres du rez-de-chaussée sont en pierres de taille avec les angles supérieurs arrondis. Un petit chanfrein court le long de la baie. Les fenêtres du premier étage n'ont pas d'angles arrondis mais une accolade. Une cinquième ouverture est percée au milieu du fronton, de taille plus petite et sans décor. Le rampant du fronton est réalisé avec des pierres de taille formant des dents de scie. Le sommet possède une fausse souche de cheminée terminée par un fronton-pignon arrondi. Or, nous n'avons pas observé de cheminée y correspondant et la petite fenêtre est placée juste au-dessous. Il s'agit d'un décor.
La partie basse de la façade sur jardin a été reprise lors de l'agrandissement réalisé récemment. La porte ouvrant sur le jardin était à l'extrémité ouest du mur. La fenêtre à l'est est conservée. Elle est rectangulaire et très simple. Elle n'a plus ses huisseries d'origine. Deux fenêtres sont percées à l'étage, éclairant la chambre et la salle de bain. Elles sont également très simplement traitées.
La beauté de cette demeure réside dans la parfaite conservation de son décor intérieur. Toutes les boiseries d'origines sont intactes. Les portes qui ont été condamnées ont conservé leurs huisseries et font office de placard. L'escalier n'a subi aucune modification. De même pour les planchers et les plafonds.
Les boiseries des portes et des fenêtres sont composées d'une plinthe lisse surmontée d'une planche de bois lisse en retrait, terminée par une baguette à deux tores. L'encadrement des baies est réalisé grâce à deux moulures, une large à l'intérieur et une plus mince à l'extérieur. L'allège des fenêtres est décorée de deux carrés côte à côte. Les portes reprennent ce motif.
L'escalier est en chêne, de même probablement que les huisseries. Le garde-corps est composé de balustres tournées assez fines. La main courante et les poteaux d'angle sont de section rectangulaire adoucie par de fines moulures rondes.
Le plafond du salon du rez-de-chaussée est orné de poutres apparentes. Elles ont une petite section avec les angles adoucis par un chanfrein.
Toutes les pièces ont un plancher en chêne à petites lattes.
Les cheminées d'origine ont toutes disparu ou ont été déplacées. Or elles constituaient le décor principal des pièces d'habitation.
En conclusion, le décor intérieur ne connaît pas la profusion de la façade sur rue où s'entremêlent les influences gothique (chapiteaux du porche) et classique (mouluration des fenêtres). Mais, la présence constante d'une finition parfaite des éléments architecturaux (portes, fenêtres, escalier, plafonds, planchers, etc.), crée l'impression d'un raffinement certain.