LA MAISON DES ANTIQUAIRES

Sommaire

Localisation : la Vau Saint-Jacques
Historique
Plan et distribution
Le pan de bois
Décor intérieur

 

LOCALISATION : LA VAU SAINT-JACQUES

 

 

La rue de la Vau Saint-Jacques est l'axe nord-sud de la ville, reliant le faubourg Saint-Jacques à la ville haute. Celle-ci entoure, comme un fer à cheval, le quartier formé autour de cet axe. La rue de la Vau Saint-Jacques est à l'emplacement d'une ancienne vallée sèche. Des ruelles donnent accès aux jardins en terrasse et à l'église paroissiale Saint-Jean, aujourd'hui disparue.

La rue Moque-Souris est l'une d'elles. Elle a un dénivelé particulièrement fort (10 à 20 %) : cela n'est pas sans conséquence sur la construction des habitations.

Cette rue était très fréquentée au Moyen Age par les voyageurs, les pèlerins, les paysans qui allaient au marché. Ainsi des boutiques étaient alignées, les unes à côté des autres, tout le long de la rue de la Vau Saint-Jacques. Si aujourd'hui il ne subsiste qu'un seul artisan, on peut encore voir l'ouverture rectangulaire des étals au rez-de-chaussée des maisons. Certaines ne mesurent que quatre mètres de large. A l'inverse, d'autres sont un peu plus vastes (8 à 10 mètres de largeur) : on peut penser alors que c'est la demeure d'un riche marchand.

Les photos

 

HISTORIQUE

 

L'absence d'archives ne nous permet pas de connaître précisément la date de construction : d'après les éléments du décor, nous pouvons dater cette maison du XVe ou du XVIe siècle.

Le nom ''maison des Antiquaires'' est très récent puisqu'il est apparu lorsque des antiquaires se sont installés dans ce bâtiment en 1980. La ville de Parthenay a acquis cette demeure médiévale en 1986.
Depuis 1923, au moins, elle était divisée en trois parcelles : la partie nord (n° 67 rue de la Vau Saint-Jacques), la partie sud (n° 69) et la partie arrière (rue Moque-Souris, AL 227).

En 1944, le dessinateur du centre de recherche des Monuments Historiques a réalisé plusieurs croquis de la partie sud de la maison des Antiquaires, uniquement. Il l'a datée du XVe siècle.

A des époques indéterminées, les cheminées ont été détruites. Si chaque niveau possédait quatre cheminées, soit un total de huit, six ont disparu ou ont été modifiées. Les deux restantes sont en revanche en bon état. Trois fenêtres en pierre sont partiellement conservées : deux au deuxième étage de la partie nord, une au second étage de la partie arrière du 69 (propriété privée). Leurs meneaux et traverses ont disparu pour chacune d'elles. En revanche, les deux premières ont conservé leurs coussièges mais pas leur couvrement d'origine et, pour la troisième, c'est l'inverse.

Egalement à une époque indéterminée, mais avant 1944, la partie nord du bâtiment a, probablement, souffert d'un incendie. En conséquence le pan de toiture a été abaissé d'un niveau (la porte de l'escalier en vis qui y menait existe toujours). L'existence d'un mur épais en granit au centre de la maison a facilité ces travaux. Le plancher du premier étage a été surhaussé et le premier niveau de la façade a été repris par un mur en granit à l'aplomb du pan de bois. Cela a entraîné une rupture de la symétrie de la façade.

Dans les années 1960-1970, le pan de bois de la partie nord a été enduit, comme on peut le voir sur des photos. Cet enduit a été enlevé quelques années plus tard. Dans les années 1980, une cheminée a été reprise et deux potagers ont été créés au premier étage. De plus, l'espace sous l'encorbellement de la façade sur la rue de la Vau Saint-Jacques (partie sud) a été fermé par un muret en granit surmonté d'une vitre. Auparavant des voitures entraient dans la maison par cette ouverture.

Les bois de la façade ont été restaurés en 1997 avec de la résine synthétique. Les huisseries des fenêtres ont été changées. Le rez-de-chaussée est occupé depuis quelques années par un sculpteur. Le reste du bâtiment n'est pas aménagé, sauf la partie privée.

 

En conclusion, cette maison a subi de nombreuses modifications qui n'ont pourtant pas altéré complètement la qualité de son architecture.

 

PLAN ET DISTRIBUTION

 

A gauche : Le plan cadastral (section AL) nous informe que la maison est divisée entre deux propriétaires, la ville, qui a acheté deux parcelles (AL 159 et 154) et une personne  privée (AL 227). La parcelle de cette dernière est plus longue car un abri couvert est accolé à la façade arrière.

A droite : Plan du premier étage

La demeure est située à l'angle des rues de la Vau Saint-Jacques et Moque Souris. Dans l'alignement ininterrompu des façades le long de la rue de la Vau Saint-Jacques, la maison des Antiquaires se démarque par la hauteur de sa façade qui, de plus, est à pignon sur rue. Cette demeure possède un rez-de-chaussée, deux étages et un comble aménageable, soit un niveau de plus que ses voisines. La façade sur la rue de la Vau Saint-Jacques est à pans de bois, celle sur la rue Moque-Souris est en moellons de granit enduits avec des chaînages d'angle.

Elle est divisée verticalement par un mur qui sert de faîtière. Ainsi le volume intérieur est-il divisé en deux, d'où une description basée sur les parties nord (numérotée 67 et à la référence cadastrale AL 159) et sud (numérotée 69 et AL154 et AL 227).

Il n'a pas été possible aux constructeurs de creuser une cave sur toute la surface de la maison à cause de la déclivité du rocher naturel. Il affleure le long de la rue Moque Souris. Ainsi la cave de la partie sud n'occupe que les trois quarts avant. Au delà, le premier étage est sur fondation.

Les combles ont encore quelques carreaux de terre cuite, rouge orangé, qui recouvraient les planchers de bois. Ils sont disposés en grand motif géométique. Il est assez probable que les étages avaient le même sol.

Un escalier en vis assure la circulation verticale. Il est implanté au centre de la partie sud. Pourquoi a t-on choisi cet emplacement ? A Parthenay, tous les cas existent. Un escalier en vis implanté au centre a l'avantage de distribuer l'ensemble du bâtiment. En revanche il n'a pas d'éclairage direct. On peut suposer que la situation topographique à influé sur le choix. En effet, la tour d'escalier est ici assise sur le rocher granitique, ce qui lui assure une grande stabilité.

Comme on peut le voir sur la façade en pan de bois, les niveaux des planchers des deux parties ne sont pas équivalents. Ce décalage est dû à la demi-révolution qui sépare ces deux parties. Elle provoque une différence de niveau telle que les planchers de la partie nord sont plus bas que ceux de la partie sud. L'escalier tourne donc dans le sens inverse des aiguilles d'une montre.

Une cour occupe le fond de la parcelle. Elle est bordée au nord par un petit bâtiment, à un seul niveau, qui devait être une annexe à la maison. Un jardin, à l'est, a été intégré à la parcelle lors de l'achat par la ville en 1986. Le bâtiment de la parcelle AL 157 est très récent ainsi que son voisin à l'est. Nous pouvons émettre l'hypothèse que la parcelle médiévale achetée par le constructeur de la maison traversait le petit îlot, c'est-à-dire allait de la rue de la Vau Saint-Jacques à la rue Cour à Moïse. Cet espace, très pentu, était probablement occupé par des jardins en terrasse. Le jardin de la parcelle actuelle AL 159 est, quant à lui, plus plat et plus vaste (3,8 ares environ).

Un escalier droit en granit est accolé au mur nord de la partie nord. Il est en liaison avec la porte d'entrée de la façade sur rue et avec la porte de la façade arrière, créant ainsi un accès direct de la rue à la cour. Mais pour accéder au deuxième étage de la partie nord, il faut passer par l'escalier en vis. Est-ce que les propriétaires de la partie nord avait un droit de passage dans l'escalier en vis ? Ce qui est sûr, c'est que l'implantation de l'escalier droit a permis la séparation de la maison en deux parcelles. De quand date-t-elle ?

 

LE PAN DE BOIS

 

Le pan de bois est réalisé avec des sablières et des poteaux en chêne. Le hourdis est en brique rouge.

Seule la partie sud possède un encorbellement, entre le rez-de-chaussée et le premier étage. Celui-ci est à poteaux élargis : trois poteaux posés sur une base maçonnée en granit, s'élargissent pour soutenir la sablière basse du premier étage. Une autre sablière située au-dessous et en retrait, sert de linteau à la porte et à l'étal, et soutient les solives : c'est la sablière de plancher. Ainsi, comme on le voit en coupe, les extrémités des solives sont cachées par la sablière basse.

Le pan de bois des trois niveaux de la partie sud et des deux niveaux de la partie nord, est composé de bois longs. Ils sont utilisés pour délimiter le pan de bois de chaque côté du mur central et des murs latéraux. La structure obtenue est un mur de bois assemblés à tenon et mortaise et contreventée par des croix de Saint-André et des décharges. Il n'existe aucun décor, tant sur le bois que par l'effet produit par les assemblages.

Aux étages, les solives sont parallèles à la façade, la portée étant de 6 mètres maximum. Ainsi il n'y a pas de liaison entre plancher et pan de bois.

Dans les maisons à pans de bois de Parthenay, non modifiées, les solives aboutissent au nu du pan de bois, ou si l'encorbellement subsiste, débordent de 20 à 40 centimètres. Cet encorbellement simple sur solives représente la grande majorité des cas. Aucune autre maison n'a de pan de bois à l'aplomb avec des bois longs. Ainsi, à cause des grandes modifications de structures apportées à cette habitation, on peut se demander si le pan de bois et l'encorbellement n'ont pas aussi été modifiés.

 

LE DECOR INTERIEUR

 

La qualité architecturale de cette demeure est évidente lorsque l'on entre à l'intérieur. Chaque pièce possédait une cheminée et les fenêtres en pierre sont aménagées avec des coussièges ornés de motifs. L'escalier en vis est traité avec simplicité : portes rectangulaires aux angles arrondis et à moulures chanfreinées. Les portes sont précédées d'un palier, particulièrement large au premier étage où deux portes sont côte à côte (partie sud). Le dessous des marches est semi-délardé. Le sommet de cette vis a disparu : peut-être y avait-il une voûte en palmier comme dans une maison de Saint-Loup-Lamairé (petit bourg situé à quinze kilomètres de Parthenay).

Les photos

Les cheminées

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Partie nord, 2e étage, cheminée.
Notez la charpente qui a été abaissée et qui est juste au-dessus du manteau.
Partie nord, 2e étage, cheminée, piédroit droit.

Les deux cheminées conservées, sur les six à huit à l'origine, sont identiques. Elles mesurent 2,70 mètres de haut pour 1,85 mètres de large et sont engagées dans le mur. Le foyer est profond d'une vingtaine de centimètres environ. Les piédroits ont un pan coupé terminé en haut par un angle abattu en arrondi. Au-dessus, deux corbeaux forment des surplombs pour porter le manteau et augmenter la profondeur de la hotte. Ces deux corbeaux, de section carrée, ont leurs côtés chanfreinés. Le bas du corbeau est arrondi et le chanfrein suit cette courbe jusqu'au nu du mur. Le corbeau supérieur porte un décor supplémentaire : la partie supérieure est taillée en tablette. Le départ des deux chanfreins est un congé à l'envers suivi d'une baguette. Une gorge sépare la tablette du reste du corbeau. Deux sommiers sont encastrés dans le mur et posés sur les corbeaux. Ils assurent le maintien de la plate-bande du manteau. Celle-ci est composée de trois pierres plates appareillées en crossette. Le bord du manteau est chanfreiné et trois baguettes verticales ornent le centre de la plate-bande. Une corniche aux moulures arrondies termine la cheminée. Du fait des modifications des niveaux de plafonds, la hotte a quasiment disparu pour les deux cheminées.

 

Les croisées

 

Les photos

Les deux croisées du deuxième étage de la partie nord, du fait de l'abaissement de la charpente, ont perdu leur couvrement, ainsi que meneau et traverse. La baie de la partie sud est intégrée dans la propriété privée et a été aménagée. Il s'agit d'une croisée dont le meneau et la traverse ont été enlevés. Le parement interne montre une baie à ébrasement et couverte d'un arc surbaissé. Les deux croisées devaient être identiques. Toutefois, les coussièges sont conservés. Ils ont un décor sculpté unique : un oiseau sur une branche, une feuille d'arbre, un lapin et un quadupède dressé sur ses pattes arrières. A Parthenay, il existe seulement un autre bâtiment qui a des coussièges sculptés : la salle d'apparat.