MAISON  MÉDIÉVALE - RUE  DE  LA  POSTE

 

PRÉSENTATION DE L'ICONOGRAPHIE

    A- La photographie (Cliquez-ici)

    Le musée municipal Georges Turpin possède une photographie sur plaque de verre au gélatino-bromure d'argent qui représente le côté ouest de la rue de la Poste, autrefois appelée rue Tête-de-Cheval (fond Guyonnaud, n° inventaire : 989-2-223, taille : 8,5 x 10 cm.). La façade est au premier plan et parfaitement cadrée. L'axe de la prise de vue est dirigé vers le nord-ouest.

    B- L'eau-forte de E. SADOUX (Cliquez-ici)

    L'eau-forte d'après un dessin de E. Sadoux fait partie d'un ensemble d'illustrations qui accompagnent le texte de Bélisaire Ledain : La Gâtine historique et monumentale. Ce livre a été publié en 1876 et réédité en 1897. Dans cette dernière édition, la planche a pour légende : "Maison du XIIIe siècle, rue Tête-de-Cheval".

    La direction de la vue est sud-ouest, c'est-à-dire l'inverse de la photo. On peut également observer la maison située à droite sur l'eau-forte et sise encore aujourd'hui 23-25 rue de la Poste.

    C- Comparaison entre les deux vues

    Si une photographie de la fin du XIXe siècle donne une image fidèle de la réalité, un dessin est une représentation plus ou moins fidèle de cette même réalité. Aussi avons-nous remarqué des différences entre les deux images.

    Tout d'abord au rez-de-chaussée, une porte à l'extrémité nord de la façade est nettement visible sur la photographie mais est absente sur l'eau-forte. E. Sadoux n'a pas dessiné l'angle nord de ce mur : par conséquent la porte peut être hors du cadre. De plus il a joué sur la perspective de telle sorte que la maison paraisse très longue.

   Le premier étage est identique sur les deux représentations à l'exception des volets de la croisée qui ont disparu sur la photo. Au niveau supérieur les différences sont plus nombreuses. Une baie rectangulaire est visible sur la photographie au nord de la façade mais absente sur l'eau-forte. A l'inverse deux baies jumelées sont dessinées par E. Sadoux alors qu'elles n'apparaissent pas sur la photographie. Il faut toutefois noter que l'ombre portée par l'avant-toit cache cette partie de la façade.

 

Evolution de la parcelle cadastrale

     La comparaison entre le cadastre de 1834 et la cadastre actuel est très instructive. La parcelle A 602 de 1834 regroupe la maison rue Tête-de-Cheval, un deuxième bâtiment ouvert sur la rue des Trois Rois, une grande cour intérieure et une deuxième cour en cœur d'îlot. Sur le cadastre actuel la cour intérieure et le bâtiment rue des Trois Rois sont conservés et l'on observe que l'espace le long de la rue Tête-de-Cheval a été partagé en trois parcelles.

    Les parcelles AI 133 et 138 (soit les n°29 et 31 rue de la Poste) ont amputé la cour intérieure pour permettre à ces immeubles d'avoir un espace libre et aéré à l'arrière. Cet aménagement n'a semble t-il pas été possible pour la troisième parcelle (AI 130). Notons que cette dernière a été bâti relativement récemment : une photographie des archives départementales des Deux-Sèvres (12Fi 515), datée de 1940, monte un mur en moellons longeant la rue de la Poste. Enfin la cour en cœur d'îlot est aujourd'hui rattachée à un autre immeuble sis 10 rue des Trois Rois.

    Une rapide étude architecturale des maisons actuelles montrent que la maison de la parcelle AI 130 (n° 27 rue de la Poste) est en béton, correspondant à une construction postérieure à 1940. Ensuite les deux autres bâtiments ont une remarquable similitude : même fenêtres, façade de la même hauteur, toiture identique, qui laisse penser qu'il s'agit d'un immeuble partagé en deux soit dès la construction, soit plus tard. Son architecture est typique de la fin du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle.

    Le cadastre de 1834 est accompagné de la liste des propriétaires de chaque parcelle. Monsieur Pierre Bernardeau, notaire à Parthenay, a déclaré les parcelles A 602 (maison, bâtiments et cours) et A 600. Cette dernière correspond à un jardin à l'extrémité nord de l'îlot formé par les rues de la Poste, des Trois Rois et Saint-Laurent. La parcelle A 602 a pour adresse la rue des Trois Rois. Cela pourrait indiquer que l'habitation principale est dans le bâtiment orientée sur cette rue, et non pas la maison médiévale rue Tête-de-Cheval. Au vue de l'état de la façade, nous pouvons émettre l'hypothèse que celle-ci était à l'abandon et que sa destruction correspondait à une volonté de moderniser ou de vendre cette partie de la parcelle.

 

DESCRIPTION DE LA FAÇADE

    La photographie conservée au musée de Parthenay montre clairement une façade composée de deux parties : au sud (à gauche sur la photo) un mur aveugle recouvert d'un enduit et un chaînage d'angle, et au nord, dans l'alignement, une façade à trois niveaux de baies et un cordon saillant. Les toitures de ces parties sont au même niveau avec l'avant-toit de la moitié nord plus long de quelques centimètres.

    Trois portes donnaient accès au rez-de-chaussée. Deux d'entre elles, l'une à l'extrémité sud, l'autre au centre, ont des piédroits et un linteau en pierre droits. La troisième porte, au nord, est identique mais elle est entourée d'un enduit clair. Deux fentes de jours éclairent l'intérieur du rez-de-chaussée.

    Le premier étage montre trois baies jumelées dont deux sont bouchées, et une fenêtre à meneau et croisillon. Cette dernière coupe le cordon mouluré qui court sur toute la longueur de la façade. Ce percement postérieur a rompu le rythme créé par les baies jumelées.

    Ces trois baies sont formées chacune de deux lancettes. La photographie montre assez nettement la baie sud. Elle a une feuillure intérieure et les deux arcs brisés semblent être taillés dans une seule pierre. Elle a perdu son support central : s'agissait-il d'une colonnette surmontée d'un chapiteau ou d'un pilier quadrangulaire ? Le dessin de E. Sadoux montre un pilier en mauvais état.

   Le remplissage de la baie jumelée centrale contient un corbeau : quelle était sa fonction ?

    Le dernier niveau est difficile à décrire à partir de la photographie parce que le rampant du toit crée une ombre. Toutefois une baie rectangulaire apparaît à l'extrémité sud. 

    La photographie permet également d'indiquer que le mur a une épaisseur avoisinant les 40-50 cm et est construit en moellons. La partie sous le cordon saillant est enduite à pierre-vue tandis que la partie supérieure présente une maçonnerie de moellons avec quelques zones enduites.

 

    ANALYSE

    Les baies du rez-de-chaussée ne présentent aucune caractéristique stylistique ou fonctionnelle : pas de porte en plein-cintre, pas d'étal impliquant une activité commerciale. La forme des portes ne correspond pas à celle des fenêtres du premier étage. De plus ces portes droites peuvent dater du XVe siècle comme du XIXe. Une reprise en sous-oeuvre n'est donc pas à exclure.

    Le deuxième niveau est plus lisible avec deux étapes de construction. A l'origine l'étage était éclairé par trois baies jumelées disposées à peu près régulièrement. Un cordon mouluré au profil très simple (à angles droits probablement) court le long de la façade à hauteur des appuis de fenêtres. Ensuite une croisée a été ajoutée dans le but soit d'accroître la luminosité des pièces d'habitation, soit de moderniser la façade au XVe ou XVIe siècle. 

    Enfin les problèmes d'interprétation des deux sources iconographiques empêchent une analyse du niveau sous comble. L'existence de baies plus ornées que celles du premier étage s'oppose aux règles architecturales qui veulent que ce soit l'étage d'habitation, l'étage noble, qui possède le décor le plus important. A moins qu'un élément sculpté ait disparu du premier étage de la façade, il est probable que les deux baies jumelées à arc trilobé au deuxième étage soient un ajout de E. Sadoux.

 

   COMPARAISON STYLISTIQUE ET DATATION

   Les maisons d'habitation avec des baies jumelées sont rares dans le Nord de la France alors que certaines villes du Sud-Ouest ont conservé de nombreux témoignages des XIIe, XIIIe et XIVe siècles, époques où la baie jumelée était à la mode. Au XVe siècle elle est remplacée par la croisée à meneau et croisillon.

   Dans les Deux-Sèvres le seul exemple relativement bien connu se situe à Limalonges dans le canton de Sauzé-Vaussais. La façade sur rue présente au premier étage deux baies jumelées inscrites chacune sous un cordon mouluré. Un troisième cordon souligne l'étage au niveau des appuis de fenêtre.

   La composition de cette façade et celle de la rue de la Poste sont ainsi quasiment identiques. Les baies de Parthenay se distinguent de celles de Limalonges par l'absence de modénature et de sculpture. Cette simplicité peut résulter soit d'un manque de finance du constructeur, soit d'une volonté de sobriété, soit enfin d'un archaïsme réel ou recherché. Par conséquent la fourchette chronologique pour la construction de la maison rue de la Poste est très large : elle peut dater du XIIe comme du XIVe siècle.

   Toutefois il faut noter que cette maison est la plus ancienne de Parthenay connue par l'iconographie. Les archives médiévales citent beaucoup de maisons mais il est souvent très difficile de les relier à un bâtiment conservé. De part son architecture et son emplacement, cette habitation donne un aperçu de la ville avant la construction massive de maisons à pans de bois aux XVe et XVIe siècles.